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Ce que l’antifascisme a à voir avec l’antivalidisme

Texte écrit par un camarade en situation de handicap lors d'un événement antifasciste. A lire et partager sans modération !

Introduction

 

Si j’étais à ta place, je pense que je me buterais”. Cette phrase, on l’entend parfois quand on est handicapé. Anne Ratier, en 2019, écrit un livre intitulé “J’ai offert la mort à mon fils”,racontant, protégée par la prescription, le meurtre de son enfant handicapé. Elle fait le tour des plateaux. Mais son cas est somme toute banal. Régulièrement, des parents assassinent leurs enfants handicapés. Et s’il n’est pas en soi mauvais de ressentir de l’empathie pour les parents meurtriers,

c’est grave si on n’a aucune empathie pour un enfant assassiné.

 

Le film Me Before You, sorti en 2016, raconte l’histoire d’un mec riche mais tétraplégique et de son histoire d’amour avec son aide-soignante. À la fin du film, il se suicide et lui lègue son flouze pour qu’elle puisse vivre une vie la plus “complète” possible. Fait amusant, ça ressemble un peu à Ich Klage An (Suis-je un assassin, 1941), film sorti sous le nazisme où une femme atteinte de sclérose en plaque supplie son mari de lui offrir le suicide. Elle voudrait que son mari soit un jour heureux lorsqu'elle mourra, lorsqu'elle ne sera plus « un fardeau ».

 

En 2020, alors que les hôpitaux débordaient et qu’on ne pouvait soigner tout le monde, on a trié les malades selon un “score de fragilité clinique”, dont deux des critères sont la dépendance dans les gestes de la vie quotidienne et les capacités cognitives. Des critères, donc, qui ne sont donc pas vraiment cliniques, pas des “comorbidités” (on reparlera de ce terme) mais renvoient à la présence ou non d’un handicap : des critères sociaux. (source Bastamag). Mettant en lumière un impensé, une évidence : les vies handicapées valent moins.

 

Vous le voyez, l’idée que l’existence handicapée est foncièrement indigne, et indigne d’être vécue, l’idée que le corps social sortirait renforcé de l’élimination des faibles, bref, l’eugénisme, n’est pas plus une idée nouvelle qu’une idée morte.

 

L’eugénisme est une science de la race, tout autant qu’un mode d’action : stérilisations et avortements forcées, euthanasie, mais aussi natalisme et ce qu’on pourrait appeler eunatalisme, c’est à dire encourager les “bonnes” personnes à se reproduire, venant ainsi renforcer qui la Volksgemeinschaft, qui la République ou même l’Humanité. Oui, il y a eu et il y a un eugénisme de gauche, un eugénisme républicain, humaniste. L’eugénisme, s’il est un indicateur de la fascisation,

n’appartient pas qu’au fascisme. Tout comme il y a un colonialisme de gauche, un racisme de gauche, un patriarcat de gauche etc. Qui ne partiront que si on prend la décision consciente et collective de les faire partir. La gauche ne peut être qu’aussi validiste que le reste de la société, sauf si elle décide de travailler à ne pas l’être.

 

Le validisme est le nom donné à l’oppression que subissent les personnes handies. C’est l’idée qui établit une norme : la validité, et qui punit les déviations à cette norme (les handicaps). Le handicap lui-même comme catégorie sociale apparaît, en gros, avec la révolution industrielle et le capitalisme. Si avant il y avait des fous, des idiots et des infirmes, aujourd’hui il y a les handicapés, catégorie fourre-tout. Il existe différentes conceptions du handicap : la conception médicale, où il s’agit de transformer, réhabiliter le corps et/ou l’esprit de la personne handicapée, l’amener au plus proche de la norme

valide. La conception charitable, très présente en milieu religieux, Le modèle de charité traite les déficiences comme des conditions malheureuses ou tragiques méritant un traitement spécial. Les personnes sans handicap ont pitié pour les personnes handicapées. Ces deux conceptions placent la personne handicapée comme objet, objet de soin ou objet de charité.

 

Il y a aussi un modèle mystique, qui voit le handicap comme une malédiction, souvent causée par tel ou tel péché d’un ancêtre. Je le mentionne, même s’il est très minoritaire, parce que le fascisme charrie avec lui une bonne dose de mysticisme, et l’ésotérisme en matière de santé participe de la fascisation.

 

La conception matérialiste du handicap, que je défends, constate que la seule chose qui relie les handicapés (car après tout, qu’ai-je de commun, moi et mon fauteuil roulant manuel, avec un aveugle, une personne trisomique ou atteint de myopathie ?), c’est l’expérience du validisme. Et la raison d’être du validisme, la vraie définition de la personne handicapée, a tout à voir avec le système économico-politique dans lequel nous évoluons, le capitalisme. La personne handie est celle qu’on ne peut pas balancer dans une tranchée ou sur une chaîne de production.

 

  1. Tiergartenstraße 4

Le nazisme constitue un paroxysme, extrêmement révélateur à étudier. Mais encore faut-il comprendre que les nazis n’ont pas inventé grand-chose, que leur idéologie fut un agrégat d’idées déjà présentes dans les pays “occidentaux” (blancs). Racisme, eugénisme, aryanité, darwinisme social, patriarcat, Lebensraum… Il s’agit donc bien de regarder le nazisme comme un miroir déformant de nos sociétés, toujours pas débarrassés de ces concepts, de ces affects.

 

Là où se trouvait naguère le numéro 4 de la rue du jardin aux animaux, à Berlin, il y a aujourd’hui un écriteau. Il y est inscrit : “Les victimes du programme meurtrier “Aktion T4”, conduit en secret, furent des femmes, hommes et enfants, la plupart avec des maladies physiques ou mentales, qui selon l’idéologie d’unité raciale et nationale furent déclarés indignes de vivre.”

 

Les techniques de meurtre de masse, rationalisées et appliquées à l’échelle industrielle, qui allaient s’abattre sur les Juifs, les peuples voyageurs, les ennemis politiques et déviants sexuels, les nazis les expérimentèrent à partir de 39 d’abord sur les handicapés : injections, affamation, et bien vite, chambres à gaz, déguisées en douches. Probablement parce qu’ils constituaient une cible facile. Des voix, des familles des victimes notamment, mais aussi des voix catholiques, s’élevèrent pourtant et le programme dut s’arrêter en 41. L’élimination des personnes handicapées continuera pourtant jusqu’à la fin de la guerre et fera un nombre de victimes estimé à 200 ou 300 000. L’eugénisme porté à son paroxysme des nazis peut se résumer en quelques mots :


Leistungsfähigkeit - capacité à être productif
unnützer Esser - bouche à nourrir inutile
lebensunwertes Leben - vie indigne de la vie
Gnadentod - mort miséricordieuse, qui soulage à la fois le pauvre Untermensch (sous-humain) de ses souffrances, et la société du poids de son existence.


L’eugénisme était prévalent en Europe chez les médecins. Il s’appuie sur le darwinisme social et ce qu’on a appelé la théorie de la dégénérescence, qui était une doctrine psychiatrique partant du principe que les causes de l’alcoolisme, la dépression, les retards mentaux, etc, sont génétiques, et que la décadence sociale et politique sont à mettre au crédit de “tares” qu’il s’agirait d’éliminer du patrimoine génétique humain. Cette idée est restée prévalente, au moins jusqu’aux années trente, et connaît une résurgence notamment dans la Silicon Valley. Le mouvement rationaliste, qui est une sorte de secte dédiée à l’émergence d’une IA quasi-divine et bénévolente, assume totalement un eugénisme “libéral”, où l’accent est moins mis sur la stérilisation des indésirables et plus sur le fait de produire le plus possible d’humains avec les “bons” gènes. 
Je vous laisse deviner qui a les bons gènes.


Une Humanité sans handicap, où seuls les “forts” survivent, c’était le rêve de tous les socialdarwinistes. Rien d’étonnant, dès lors, à constater que la profession médicale était la plus nazifiée d'Allemagne (plus de 50 % des médecins sont alors membres du parti nazi, dans la SA ou dans la SS).


Parmi les figures importantes de l’Aktion T4, un certain Hans Asperger s’est illustré pour sa catégorisation arbitraire des personnes autistes, entre celles qui ne méritaient que la mort et celles qui pouvaient survivre. Son nom a perduré dans les diagnostics psychiatriques d’autisme jusqu’en 2013, et il est encore massivement utilisé par le personnel psychiatrique.


L’aspect économique était aussi présent, comme sur cette affiche célèbre qui dit “ 60 000
Reichsmarks, c’est ce que la vie de cette personne souffrant d’un défaut héréditaire coûte à la
communauté du peuple. Chers concitoyens, c’est aussi votre argent."

 

Selon Johann Chapoutot, historien du nazisme : “L’être handicapé est lebensunwert (indigne de la vie) dans la stricte mesure où il est leistungsunfähig : il est incapable de se reproduire sainement, de produire économiquement, et de se battre pour son Reich.”

 

Les corps des travailleureuses sont vus comme des unités de production, ou même un matériau comme un autre : voilà bien une idée toujours présente aujourd’hui. Et si une violence sociale inouïe s’exerce contre les travailleurs valides, une toute autre violence ne peut que s’exercer contre les gens issus de la classe vouée au travail, mais n’ayant ni la capacité de se conformer aux attentes du monde du travail, ni de mettre leur force de travail en jeu, par la grève, dans le rapport de force social. Et si on n’a pas de rapport de force, on n’est pas écouté.

 

 

2. #apfhorsdenosluttes

 

Une chose que j’aimerais que vous compreniez, c’est que l’eugénisme ne nécessite pas de racisme pour exister, même si ça va souvent ensemble. Il peut prendre une définition plus large : la volonté d’effacement du handicap, de l’espace public, des consciences, et du champ politique. L’eugénisme est encore souvent réduit à sa dimension raciste. Mais les idées évoluent dans le temps ; et la définition raciale de l’eugénisme s’efface (ou plutôt fait mine de s’effacer) derrière des considérations économiques dans une société où la race n’est plus le focus, mais bien l’argent. Le crime des handis est toujours le même : consommer, pour leur survie et leur vie, des ressources qu’iels ne produisent pas.

 

Ainsi, on voit l’eugénisme à l’oeuvre, encore aujourd’hui, dans l’institutionnalisation systématique et

massive des invalides. Oui, cette ségrégation exprime une volonté de débarrasser l’espace public de notre présence encombrante ou disgrâcieuse, en nous circonscrivant à des espaces dédiés, où on est en contact que de professionnels du handicap qui nous voient comme des problèmes à gérer, leur matériau de travail, bien plus que comme des êtres humains, dont les droits doivent être respectés .

 

C’est l’eugénisme qui dicte aux profs de blâmer des élèves qui “n’ont pas leur place” à l’école pour tous, au lieu du manque de moyens d’accueil. Connaissez-vous la violence contenue dans la phrase “il ou elle sera mieux en IME” ? Il ne s’agirait pas que notre existence fasse prendre du retard sur le programme aux élèves valides… Qui feront leur scolarité entière sans jamais avoir été en contact avec des congénères handicapés, normalisant encore un peu plus notre relégation

dans les esprits. L’effacement des personnes handicapées dans l’espace public et politique est tel que les seuls interlocuteurs de l’état en matière de droits du handicap sont… les associations gestionnaires, qui tirent leurs revenus de ces institutions.

 

Or ces institutions, IME, ESATs, foyers ADAPEI ou APF, cliniques psychiatriques, EHPAD etc, sont des lieux de privation de liberté et de ségrégation. J’ai une copine qui dit “si tu ne peux pas décider de te lever à 3h du mat’ pour te préparer un petit sandwich, tu es en institution”. Cela crée très facilement une situation d’emprise entre la personne handie et celle qui est payée pour s’en occuper. Les abus sont légion dans ce genre d’endroit, même sans prendre en compte les

conditions de travail et de financement difficiles. Ce sont des lieux souvent à l’écart, en périphérie. Les déplacements sont rationnés, les animations et loisirs quasiment inexistants. Ce sont des lieux d’abandon social. 

 

Et il faut comprendre tous ces lieux comme faisant partie d’un continuum de contrôle social, qui comprend la prison et l’hôpital psy (la psychiatrie a toujours servi à contrôler certaines populations indésirables, plus que de les soigner), les CRA et les EHPAD. En gros : on ne sait pas quoi faire des gens si on ne peut pas les mettre au travail, donc on les parque tous au même endroit, c’est plus facile à gérer comme ça.

 

 

3. Autodéfense sanitaire

 

Quand le génocide a Gaza a commencé (ou repris) en 2023, on a tous vu la quantité écrasante de propagande qu’étaient capables de déployer les médias étatiques ou appartenant à des milliardaires. Certains récits étaient tout simplement interdits de cité. J’aurais pu être surpris, mais j’avais déjà constaté la puissance de cette propagande quand il s’est agi du “retour à la normale” après la “crise covid”, constaté l’écart entre des données scientifiques alarmantes et une propagande faite pour rassurer. J’ai vu comme un contre-récit peut se voir qualifié d’alarmiste ou extrémiste par des médias tous en rang d’oignon pour dire “circulez, y a rien à voir”.

 

Sensation connue à tous les militants pour la libération de la Palestine, mais aussi aux écologistes de longue date.

 

Le covid n’est pas un sujet secondaire en ce qui concerne la montée du fascisme. Les pandémies ébranlent la confiance dans les lendemains et les institutions, la vérité devient dure à trouver, les morts s’amoncellent et les fascistes savent très bien en profiter.

 

Je pense que vous vous souvenez de la confusion qui régnait de 2020 à 2023, des informations contradictoires, des décisions politiques prises à bureau restreint et derrière portes closes, des allocutions présidentielles. Vous connaissez quelqu’un que le covid a rendu complotiste. Vous connaissez quelqu’un, parfois vous-même, qui maintenant se méfie plus des vaccins que de la maladie. Derrière tous les complotismes, il y a un fond d’antisémitisme, et derrière tous les mouvements antivax l’extrême-droite.

 

Nous vivons aujourd’hui dans un monde qui fonctionne selon la déclaration de Great Barrington, déclaration sponsorisée par l’American Institute for Economic Research, un think tank libertarien, qui promeut ce que j’appelle la politique de réinfection libre et non-faussée. De façon extrêmement néolibérale, on place sur les personnes malades et handicapées la responsabilité de se protéger du reste de la population, qui elle est donc autorisée à vivre « normalement » et à se réinfecter régulièrement, produisant ainsi une immunité de groupe.

 

Ce qui a été traduit en français par Macron : vivre avec le virus. Ça arrangeait tout le monde. Omicron était moins dangereux, disait-on. Alors on a déconfiné. Puis on a arrêté de mettre des masques. Et le dernier renoncement fut peut-être l’arrêt de la gratuité des tests PCR (bien plus fiables que les autotests).Tout ça, au nom d’un retour à la normale, d’une réouverture des restaurants et une reprise de l’activité économique. Une normale qui n’existe plus.

 

Ce qu’il y a d’eugéniste dans cette approche, c’est tous les petits oubliés de la procédure : les gens qui vont “mourir avec”, en premier lieu. Souvent on l’évacue avec le mot “comorbidité”, comme si ça voulait dire que c’est moins grave. Il est normal et bon que les faibles meurent, car prendre soin d’eux entraverait la production, et donc la compétitivité, leur mort renforce le corps social. Il y a aussi les covid longs. Selon l’institut Winslow Santé Publique (dont je vous recommande de lire l’excellent résumé de l’état de la recherche sur le covid19, intitulé “65 Millions et ça continue”) il était estimé en 2024 qu’environ 28,5 millions de personnes dans le monde ont déjà été tuées de manière directe ou indirecte par ce virus, et qu’au moins 65 millions de personnes souffrent de formes chroniques et souvent extrêmement invalidantes de la maladie

suite à une (ré)infection. On trouve régulièrement dans la presse scientifique des études démontrant que le SARS-COV-2 occasionne d’importants dégâts sur le cerveau et le système pulmonaire, immunitaire, vasculaire, augmente les risques d’AVC… Provoque le syndrome POTS qui vous donne de la tachycardie si vous vous tenez debout ou même assis, ce qui fait qu’une part non négligeable des personnes atteintes de Covid Long sont confinées à leur lit. Et s’il y a des

personnes plus à risques que d’autres, personne n’est protégé.

 

Et pourtant, on n’en entend pas parler. Et pourtant ni les antifas ni la gauche ne s’empare pas du sujet.

 

La solution au covid passe par un contrôle de l’air en intérieur (comme on a réussi à le faire pour l’eau) et une reprise du tester-tracer-isoler. Ce que les anti-covid veulent n’est pas, comme on peut nous présenter les rares fois où on parle de nous, un monde de confinement et masquage éternels.

 

Mais parce qu’on n’aime pas la solution, on refuse de voir le problème (qui est invisible si on ne regarde pas avec attention, c’est bien pratique). Au passage, c’est ce même principe qui a donné l’inaction climatique, le déni de réchauffement, etc : une ignorance construite et entretenue, (comme l’ignorance blanche, concept antiraciste) avec une propagande faite pour rassurer :

Le covid est derrière nous.

Le covid long, c’est dans la tête, puis :

Le covid long ne s’attaque pas aux enfants.

Si vous n’avez pas de comorbidité, vous n’avez rien à craindre.

Attention, si votre enfant n’est pas régulièrement infecté, il va contracter une “dette immunitaire”... Foutue dette ! (Au passage, très marrant cette naturalisation d’un concept économique)

 

Lutter contre le déni pandémique, l’idée que la “crise” covid est finie ou que le virus est devenu inoffensif, (une petite grippe… mais qui dure longtemps quand même, et puis on se sent bien crevé et on tousse encore des semaines après, et puis une grippe en plein été ?), militer pour un vrai plan de sortie de pandémie, un plan national sur la qualité de l’air intérieur (d’ailleurs promis par Macron), pour rendre l’espace collectif de nouveau accessible à ceux qui sont confinés depuis 5 longues années. Rendre les lieux publics un peu plus safe non seulement pour les personnes malades et handies, mais pour tout le monde et en particulier les classes laborieuses et racisées, tout cela participe de l’autodéfense sanitaire, qui devrait faire partie de l’autodéfense antifasciste.

 

Et en particulier porter un masque FFP2 dans les lieux clos EST un geste antifasciste et accessible à la majorité. Un geste radical de solidarité, du refus de l’assignation, encore et toujours, des handicapés à la mort, l’enfermement ou l’isolement

 

Je clos ce chapitre que j’imagine désagréable avec la question suivante : si “vivre avec” est le mieux qu’on puisse répondre à cette pandémie, quid de la suivante qui nous pend au nez ?

 

#onnousveutmorts

 

L’eugénisme, ce sont des méthodes et une idéologie, mais si on creuse plus profond, c’est aussi un affect, une réaction émotionnelle puissante de dégoût et de peur de l’imperfection, de la faiblesse, de la finitude du corps humain, et donc la volonté de l’effacer, soit en niant son existence, soit en l’éliminant.

 

Et on voit l’eugénisme en action dans la belle unité républicaine et transpartisane qui s’empare de nos députés, y compris de gauche et de gauche radicale, quand il s’agit de discuter la loi dite “Fin de Vie”. Oui, parce que des sous pour les soins palliatifs, l’accessibilité de tous lieux publics et de toutes les nouvelles constructions, amener l’AAH au-dessus du seuil de pauvreté, faciliter les démarches auprès des MDPH, tout ça, c’est secondaire. Non, la priorité en matière de santé et de

handicap, c’est de faciliter l’accès au suicide. Sandrine Rousseau déclarait même vouloir ouvrir ce droit aux personnes exilées sans papiers. Les mots manquent pour décrire la morbidité d’une telle proposition. Que l’état décide de la validité ou non de la demande de suicide de gens qui n’ont pas d’existence légale. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Là encore, question de priorités… Sûrement qu’il y a une grande demande du droit au suicide assisté de la part des réfugiés sanspapier… Quelqu’un a pensé à leur demander ?

 

Les militants antivalidistes alertent depuis des mois, des années sur ce projet de loi. On ne se donne même pas la peine d’étouffer leurs voix : elles sont inaudibles.

 

L’image mentale, le récit qui prédomine est celui centré sur la personne malade, qui souffre et est en fin de vie. Ceux-là réclament le droit à mourir, et la conquête d’un droit est toujours bonne, pas vrai ? Non, j’ai menti. Le récit qui prédomine est centrée sur les *proches* de la personne malade, qui souffrent de la voir souffrir.

 

Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas d’interdire le suicide assisté aux personnes en fin de vie, qui souffrent et veulent en finir. Mais ce n’est pas ce que fait cette loi. Cette loi, telle qu’elle est écrite, fait qu’en gros, si vous êtes valide et suicidaire, on vous orientera vers de la prévention du suicide. Si vous êtes malade longue durée ou handicapé, votre suicide est légitime et bon, et puis tiens, on va vous aider, grands seigneurs qu’on est.

 

Encore une fois, on nous assigne à la mort, on normalise l’idée que tout de même, la vie malade ou handicapée ne vaut pas le coup d’être vécue. Que la dépression suicidaire que beaucoup d’entre nous connaissent est inhérente au handicap, naturelle, et pas d’origine sociale.

 

exemple du Canada (où il était évoqué d’étendre les modalités d’accès à l’euthanasie aux

personnes atteintes de troubles mentaux et les personnes sans domicile) nous le prouve : si on ne

crée pas d’abord un droit à une vie digne pour les personnes handicapées, le prétendu “droit à la

mort digne” poussera mécaniquement un certain nombre d’entre elles à choisir la mort dans un

choix tout sauf libre. Des personnes dont potentiellement le handicap n’est pas reconnu, pas

diagnostiqué, ou à qui la MDPH annoncera dans l’opacité la plus complète que leur demande de

prestation de compensation est rejetée, acculées par la désocialisation et la dépression

qu’entraîne souvent le handicap dans une société qui nous exclut. Pas le handicap en lui-même,

mais le validisme.

 

Sans compter que les premières victimes de l’austérité qui vient seront les prestations sociales

dont les personnes handies dépendent ! Bayrou parlait de “responsabiliser” les Français, mais son

budget était catastrophique pour les personnes handicapées. Celui de Lecornu est pire. (eh oui, y

a pas que les retraites. Des gens vont mourir ou être réduites à l’indigence par ce budget, dans le

plus grand silence, vu qu’iels sont handicapéEs)

 

L'exemple du Canada (où il était évoqué d’étendre les modalités d’accès à l’euthanasie aux personnes atteintes de troubles mentaux et les personnes sans domicile) nous le prouve : si on ne crée pas d’abord un droit à une vie digne pour les personnes handicapées, le prétendu “droit à la mort digne” poussera mécaniquement un certain nombre d’entre elles à choisir la mort dans un choix tout sauf libre. Des personnes dont potentiellement le handicap n’est pas reconnu, pas

diagnostiqué, ou à qui la MDPH annoncera dans l’opacité la plus complète que leur demande de prestation de compensation est rejetée, acculées par la désocialisation et la dépression qu’entraîne souvent le handicap dans une société qui nous exclut. Pas le handicap en lui-même, mais le validisme.

 

Sans compter que les premières victimes de l’austérité qui vient seront les prestations sociales dont les personnes handies dépendent ! Bayrou parlait de “responsabiliser” les Français, mais son budget était catastrophique pour les personnes handicapées. Celui de Lecornu est pire. (eh oui, y a pas que les retraites. Des gens vont mourir ou être réduites à l’indigence par ce budget, dans le plus grand silence, vu qu’iels sont handicapéEs)

 

Et la gauche dans tout ça ? Prenons un exemple récent :

 

Matthias TAVEL, député LFI, est capable de critiquer le budget Lecornu en relevant le gel du RSA, gel des allocations adultes handicapé, gel des indemnités journalières pour les aidants, le fait que  les personnes atteintes de maladies chroniques en arrêt de travail seront désormais imposées sur leurs indemnités (un malade du cancer qui touche 2000€ par mois, devra payer 850€ supplémentaires d’impôt par an), le doublement des franchises sur les médicaments, transports

médicaux, consultations de chirurgie dentaire, lunettes, prothèses, etc. Il voit qu’on fait peser l’austérité sur les handis, il voit l’arnaque de la “responsibilisation” des malades.

 

Mais il n’est pas capable de voir que le marteau de l’austérité se conjugue avec l’enclume de l‘euthanasie et du suicide assisté. La vérité, c’est que la droite fascisée a décidé une politique eugéniste dont la loi fin de vie est la pierre angulaire, et la gauche institutionnelle a voté pour, par manque de culture antivalidiste.

 

C’est pour ça qu’il est indispensable de politiser le handicap. Sortir du narratif de la tragédie personnelle, comprendre les mécanismes sociaux (comme le travail ou le déni pandémique) qui provoquent les maladies et handicaps mais aussi comprendre qu’on peut bien écrire autant qu’on veut dans une loi que le choix de l’euthanasie doit être libre et non faussé (pardon : “éclairé”), tout choix est situé socialement, tout choix s’inscrit dans un contexte, politique, économique, social.

 

Dans ce capitalisme perpétuellement en crise, les handicapés coûtent cher. Ne cherchez pas plus loin les raisons de l’enthousiasme du monde politique pour l’eutanasie.

 

Conclusion


Souvenez-vous des luttes trans. Comment les militants trans ont prévenu : la transphobie vous pourrira le cerveau jusqu’à vous rendre fascistes. Aujourd’hui cette vérité est évidente, de Dora Moutot à JK Rowling. Écoutez les concernéEs, ne serait-ce que parce que vivre une situation de l’intérieur, 24h/24, c’est déjà être une sorte d’expert. (Après, il faut politiser. Tous les handis ne sont pas, malheureusement, antivalidistes.) Je n’ai rien inventé dans ce texte si ce n’est quelques tournures de phrases. Tout ça me vient de militantEs antivalidistes, antifascistes. Cherchez leur parole, à ces militantEs, et ne nous laissez pas, s’il vous plaît, hurler et mourir dans le silence. Si vous êtes valides mais membres d’une minorité opprimée, cherchez dans vos communautés les handicapéEs et assurez-vous que leur voix soient entendue et respectée.


La probabilité de subir des VSS est plus haute chez les femmes handicapées que valides. Une personne autiste en crise a plus de chances de mourir aux mains de la police si elle est noire que si elle est blanche. L’homosexualité, les transidentités furent longtemps des maladies mentales, punies comme telle par la psychiatrisation. Les handiEs sont dans toutes les communautés, il existe donc quantité d’intersections méritant une attention particulière. 

 

La gauche ne fera pas l’économie de la lutte pour l’émancipation des personnes handicapées. L’antivalidisme et la lutte contre l’eugénisme doivent prendre la place qui leur revient dans le mouvement antifasciste unitaire que nous appelons de nos voeux.

 

Si la lutte antiraciste oublie d’être féministe, elle sera patriarcale et viriliste. Si la lutte contre les LGBTphobies oublie la lutte des classes, elle reproduira la violence de classe. Si l’antivalidisme oublie d’être antiraciste, il sera raciste. Et si la lutte antifasciste oublie d’être antivalidiste, elle réinventera l’eugénisme à coup sûr.

 

Et une dernière réflexion, pour ouvrir la perspective : le mouvement contre le fascisme doit prendre en compte que les premières victimes du fascisme sont toujours les personnes en marge. Fols, handicapés, drogués, détenus, nomades, trans, racisés, mères célibataires, lumpenprolétariat… Toutes ces marges que le capitalisme ne sait qu’enfermer et invisibiliser, et que le fascisme voudrait éliminer physiquement. Si on peut comprendre la gauche comme un combat du bas vers le haut pour créer une horizontalité, je vois le combat antifasciste comme un mouvement des marges vers le centre, ou une extension des limites de la normalité, pour affirmer que toutes les différences ont le droit d’exister.

 

Alors voilà, mon remède en quelque mots contre l’eugénisme qui peut parfois tenter, même à gauche, même si vous êtes handicapé.

 

Le handicap est une chose normale. Pas une mauvaise chose. Certainement pas une bonne chose, mais une chose qui est, qui a été et qui sera. Les corps humains sont fragiles. L’esprit humain existe en quantité de variation différentes, pas toutes adaptées au capitalisme. Détester le handicap vous poussera à haïr les handicapés. Il est normal d’être handicapé.

 

https://clhee.org

https://lesdevalideuses.org

https://winslow.fr/65-millions-et-ca-continue/

https://auxmarchesdupalais.wordpress.com

https://cabrioles.substack.com/

https://asso.cle-autistes.fr/

https://commedesfous.com/zinzin-zine/

https://medium.com/@phoenixketchum/ce-que-le-covid-a-%C3%A0-voir-avec-leug%C3%A9nisme-7ecc68152e52 (Version Facile À Lire et Comprendre ici)

https://samba93.wordpress.com/2024/04/27/pour-un-antifascisme-antivalidiste/

https://bruitetsilences.fr/politique/echange-vies-inutiles-contre-vote-utile/

https://www.temesis.com/blog/modeles-theoriques-du-handicap/

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Eugenisme-Genealogie-d-une-obsession-de-lextreme-droite

https://www.disabledginger.com/p/why-do-we-undervalue-the-lives-of

https://www.politis.fr/articles/2025/07/fanny-gollier-briant-il-faut-absolument-repolitiser-lasouffrance-des-jeunes/

https://m.independent.ie/opinion/comment/tess-finch-lees-forever-covid-hurts-young-peopleshealth-and-their-futures/a58161326.htm l

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_de_Great_Barrington


Publié le : 4 septembre 2026 08:57
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