10 000 lettres pour dénoncer l'impact du projet Lyon-Turin sur les ressources en eau de la Maurienne

Le week-end du 1er et 2 mars 2025, le collectif Extinction Rebellion Chambéry a mené une vaste opération de boîtage pour dénoncer les conséquences du projet Lyon-Turin sur la disponibilité en eau dans la vallée de la Maurienne.

Le projet Lyon-Turin, ou liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin, porté par l'entreprise TELT, est né dans les années 1980. Il consiste en la création d’une deuxième ligne de chemin de fer mixte voyageurs / frets à travers les Alpes, entre la France et l'Italie. Bien qu'étant un projet ferroviaire, il reste le symbole d'une autre époque : un non-sens économique et écologique.

Ce week-end, la thématique de l'eau était sous les projecteurs. Une lettre d'information a été distribuée dans 10 000 boites aux lettres de toutes les communes de Maurienne, de Val Cenis à Epierre. Elle informe les habitantes et habitants de la vallée de l'existence d'un appel d'offre de septembre 2024 - inquiétant et bien réel ! [1]. Une entreprise prestataire est recherchée pour assurer l’approvisionnement en eau potable sous forme de camion citerne, de packs d'eau en bouteille, ainsi que pour installer des unités de traitement mobile en cas de pollution de l'eau destinée à la consommation humaine.

Les mesures compensatoires exceptionnelles de la lettre (un litre d'eau par jour et par personne, mise à disposition d'un récupérateur d'eau de pluie pour pallier au manque d'eau souterraine) ont été volontairement choisies pour susciter l'indignation, provoquer la discussion, et - in fine – inciter à se renseigner sur cet appel d'offre. Si TELT envisage que l'accès à l'eau potable soit à ce point menacé, la population tout entière doit en avoir conscience. Les noms et les contacts publics de responsables de TELT ont également été inclus (un pour chacune des dix versions de la lettre) pour faire comprendre à l'entreprise que les habitantes et habitants sont maintenant largement au courant d'un appel d'offre qui restait plutôt discret jusqu’alors.

Le percement d'autant de galeries modifie durablement le cycle de l'eau de la région. Pour éviter les infiltrations, la société TELT projette de de drainer environ 100 millions de m3 d'eau souterraine par an, soit l'alimentation en eau potable d'une ville comme Lyon [2] ! Ces percements souterrains à proximité de captages sont normalement interdits, mais TELT a obtenu des dérogations difficilement compréhensibles [3]. De nombreuses sources sur les communes de Villarodin-Bourget, Saint-Martin-de-la-Porte et Saint-André ont déjà été impactées [4]. Suite au passage d'un tunnelier, un pan entier de la montagne a été vidé de son eau, comme l'a montré un rapport interne de EDF [5]. Enfin, les méthodes actuelles de suivi du débit des sources mise en place par TELT ont largement été disqualifiées [6].

Toute ces conséquences sur l'eau - ressource vitale par excellence - se produisent alors que seulement quelques kilomètres de galeries sont percées, quand des centaines sont prévues à termes.

Ensemble, luttons pour un avenir désirable : responsabilisons TELT !

Informations complémentaires
Les impacts désastreux de ce projet ne se limitent évidemment pas à l'eau : impact économique, climatique, paysager... Ils sont abondement sourcés sur le site https://stopaulyonturin.fr/En voici un résumé. 

Les retombées en terme d'emploi sont fortement critiquables : les travailleuses et travailleurs viennent majoritairement de l’extérieure de la Maurienne. L’analyse socio économique est défavorable sous tous les angles (y compris aux yeux des organismes d’Etat).

Pour assurer les gains de temps annoncées par TELT, la société en charge du chantier devra percer plus de 115 kilomètres de galeries pour le tunnel de base entre Saint-Jean-de-Maurienne et Suse, et des dizaines d'autres pour les accès secondaires. La Maurienne, mais aussi les massifs de Belledonne, de Chartreuse et de l’Épine seront à jamais impactés.

Bien qu'initialement prévu pour décarboner le transport de marchandises, l'impact en terme de changement climatique est catastrophique. Au vu de l'effondrement constaté du transport de marchandises entre la France et l'Italie, les émissions bien réelles dues au chantier ne seront compensées par le report modal de la route vers le train qu'en ... 2085.

Ces plus de 30 milliards d'euros d'argent public pourraient être investi beaucoup plus efficacement dans les équipements publics de Maurienne et le développement de lignes de TER.


Références
[1] Appel d'offre de septembre 2024; LIEN
[2] Section 4.4.1 du rapport de 2006 : Analyse des études faites par LTF sur le projet Lyon - Turin; LIEN
[3] Article de Médiapart "Lyon-Turin : les travaux bravent l’interdiction de creuser sur 16 sites d’eau potable" du 16/06/2023; LIEN
[4] Article de Reporterre "Les tunnels du Lyon-Turin, une catastrophe pour les sources d’eau" du 15/07/2023; LIEN
[5] Article de Médiapart "Lyon-Turin : le mégaprojet de tunnel impacte l’eau de la montagne" du 16/09/2024; LIEN
[6] Article de la Maurienne "Impact des chantiers du Lyon-Turin sur les ressources en eau : Erica Sandford, hydrogéologue, tire la sonnette d’alarme" du 17/10/2024; LIEN


file/Lettre.pdf


Publié le : 5 mars 2025 08:24
XR Chambéry